• Cœur en trompe l’œil<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Le matin c’est viandox, l’été cure de botox<o:p></o:p>

    Chaque semaine weight watchers, c’est le prix du bonheur<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Elle a toujours la forme<o:p></o:p>

    Aimante les yeux des hommes<o:p></o:p>

    Et ceux de ses élèves<o:p></o:p>

    Qui fantasment  sur ses lèvres<o:p></o:p>

    Les pères jouent les p’tits coqs<o:p></o:p>

    Faut dire qu’elle les provoque<o:p></o:p>

    Les mères la trouvent vulgaire<o:p></o:p>

    Réprouvent ses manières<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Le matin c’est viandox, l’été cure de botox<o:p></o:p>

    Chaque semaine weight watchers, c’est le prix du bonheur<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    L’école c’est son domaine<o:p></o:p>

    Dans la cour c’est la reine<o:p></o:p>

    Mais il lui reste cinq ans<o:p></o:p>

    Après c’est le néant<o:p></o:p>

    Car sans le maquillage<o:p></o:p>

    Elle fait vraiment son âge<o:p></o:p>

    Tu grattes le fonds de teint<o:p></o:p>

    Tu vois qu’elle n’est pas bien<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Le matin c’est viandox, l’été cure de botox<o:p></o:p>

    Chaque semaine weight watchers, c’est le prix du bonheur<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Aimait trop son body<o:p></o:p>

    Pour abriter la vie<o:p></o:p>

    Son mari l’a quittée<o:p></o:p>

    Pour prendre une moins âgée<o:p></o:p>

    Sa beauté vénitienne<o:p></o:p>

    Camoufle un cœur qui saigne<o:p></o:p>

    Seule parmi ses élèves<o:p></o:p>

    Elle abandonne ses rêves…

     

     


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  • II Jeu guerrier

     

    D'après les plus grands spécialistes militaires qui avaient suivi et unanimement approuvé le déroulement parfaitement correct de la procédure préalable à l’ouverture des hostilités, tout avait été fait dans les règles de l'art. Montée de tension, puis discours belliqueux et provocations verbales, enfin ultimatum, mobilisation générale et déclaration de guerre. Ces étapes traditionnelles auxquelles tenaient tant tous ces vénérables vieillards barbus garants du bon déroulement des opérations avaient été respectées. Aucun signe d’impatience juvénile, donc néfaste, de la part des deux protagonistes, et ce malgré leur hâte d’en découdre.

    Un sans-faute, donc.

    Depuis quatre mois déjà, donc, deux pays s'affrontaient, par armées interposées. Les généraux étaient rusés et inventifs (ce qui semble antinomique à première vue), les stratégies employées subtiles et compliquées, et les pertes lourdes, très lourdes, dans chaque camp.

    Mais les historiens se battraient à coups de chiffres plus tard. Pour l’instant, on dépeçait sans compter.

    Le combat, âpre, acharné, était indécis. Les missiles sol-sol  pilonnaient sans cesse les champs de batailles, les roquettes éclataient à un rythme régulier un peu partout, et les avions effectuaient d'incessants va-et-vient, lâchant à chaque passage leur cargaison de bombes, offensive ou défensive, à ailettes, au napalm, à fragmentation, chimique, bactériologique, de peinture ou de déodorant, en fonction, dans l’ordre, de l’objectif recherché, des stocks disponibles, de la vitesse du vent et de l’âge du capitaine.             

    Dans ce bourbier, ce charnier même, chaque fantassin, pour vaincre ou sauver sa peau, enjambait des corps étendus, trébuchait, avançait, reculait, tel un automate, au gré des ordres venus de l'état major (étage à morts ?). Ce qui n’était pas sans leur rappeler une chanson traditionnelle de leur enfance : « Trois pas en avant, trois pas en arrière, trois pas sur l’côté, trois pas d’l’autre côté »

    Une bombe trouait parfois cette fourmilière humaine, dessinant un disque mortel, vite recouvert de nouveaux uniformes vert kaki en mouvement, ce qui produisait un bel effet esthétique sur la palette du champ de bataille, avec le rouge vermillon des blessés agonisant. C'était assez incroyable de voir le nombre de jeunes que vomissait chaque pays. On avait l'impression que les réserves de chair à canon étaient inépuisables, et que jamais on n'arriverait à endiguer ces flots de bipèdes. Un peu comme lorsque, gamin, à la plage, on creuse juste au bord de l’eau, et que la mer pénètre dans le trou régulièrement et inexorablement. A chaque flux, des milliers de grains de sable reviennent, anéantissant les efforts entrepris.

    Cependant, au fil des semaines, des mines anti-personnelles, des maladies vénériennes et des rations de combat, les troupes zoltènes prenaient petit à petit l'ascendant sur leurs rivales. En divers endroits, les Tornaques étaient encerclés, et, malgré le courage de leurs vaillants soldats qui se battaient avec acharnement jusqu'au dernier, les poches de résistance tombaient les unes après les autres. Pas une ne se rendit. Aucun drapeau blanc ne fut hissé. Lorsque l'ennemi atteignait son but, il n’y trouvait que des pantins de cire immobiles et ensanglantés. L’honneur, à défaut de la vie, était donc sauf. Mais c’était bien là l’essentiel.

    Les rangs des belligérants étaient de plus en plus clairsemés. Le désir de victoire n’en était que plus intense. Le maître mot de cette tuerie était en effet « pas de quartier », et chacun sait que, dans ce contexte du « tuer ou être tué », d’une part, même le mâle le plus abruti connaît cette expression, et que, d’autre part, le plus rebelle des anarchistes obéit sans scrupule à ce genre de consignes.

    Soulignons cependant que, malgré la férocité des combats, aucune exaction ne fut commise. Il faut dire que les soldats ne faisaient aucun prisonnier, et qu’à ce jour aucun mort n’a encore témoigné des atrocités commises à son encontre...

    Peut-on parler de guerre « exemplaire » ? Oui, bien sûr, puisque ce sont nos gouvernants qui les déclenchent. En tout cas, celle-ci fut loyale. Nul doute qu’elle figurera en bonne place dans les manuels d’histoire des générations futures. Et sera même sans doute citée en exemple.

    Les civils, certes de moins en moins nombreux au fur et à mesure des rappels de classes, étaient épargnés, conformément à l’article trois de la règle du jeu. Chapeau bas, respect et merci, messieurs les galonnés. Vous avez donné une excellente image de votre profession, et sans doute suscité des vocations. Car, pour peu qu’ils aient eu moins de douze ou plus de soixante-dix ans, les femmes et les enfants pouvaient en effet allègrement profiter de la vie.

    Au final, seuls les militaires justifièrent leur salaire, c'est à dire moururent pour la patrie. Ce qui n’a rien de choquant : après tout, le sapeur pompier éteint le feu, le boulanger vend du pain et le banquier arnaque le client ; tout le monde trouve cela normal, non ?

    Malgré l'héroïsme de ses hommes, le général en chef de la Tornie, raisonnable bien que gradé, se rendit enfin compte qu'il était désormais inutile de sacrifier tant de vies humaines. Assiégées en divers endroits, manquant de vivres et de munitions, à bout de forces, ses troupes, ou plutôt ce qu'il en restait, ne tiendraient plus longtemps. Après avoir consulté ses officiers supérieurs, il décida donc de capituler, non sans s'être assuré d'une retraite discrète, pour lui, son caniche, sa collection de voitures miniatures, sa maîtresse et sa femme, ne laissant que sa belle-mère à la vindicte populaire une fois l’annonce de la défaite officialisée.

    Dans une apparition télévisée, il communiqua la nouvelle aux petites gens. Lesquels, propagande oblige, attendaient l’issue victorieuse du conflit d’un jour à l’autre. Il avait visiblement du mal à contenir son émotion. Son visage grave, ses yeux cernés et sa barbe de huit jours trahissaient une lassitude extrême. Son discours fut bref. Il demanda à ses compatriotes de rester dignes dans la défaite et remercia ses soldats pour leur dévouement et leur sacrifice. Notons cependant que la majorité des sacrifiés en question n’eut pas le loisir d’apprécier ses propos. Puis il se mit au garde-à-vous, tentant vainement de rentrer son ventre, et ses lèvres tremblèrent tandis qu’il écoutait l’hymne national. Quelques larmes traçaient une bande plus claire sur son visage buriné et poussiéreux. Les téléspectateurs, en voyant le gros plan, ne purent que lui pardonner, tant il avait l’air sincère.

    Du côté de la Zoltanie, c'était bien entendu l'allégresse. La joie de la victoire se mêlait au soulagement d'en avoir fini avec l'angoisse perpétuelle qui vous prend le matin au réveil et vous noue encore l'estomac au moment du coucher. La vie allait enfin pouvoir reprendre petit à petit son cours normal. Les braves gens défilaient en criant « On a gagné ! », sans forcément penser à leurs voisins qui avaient perdu la vie.

    Dans le salon d'honneur de l'ONU, à Genève, devant les caméras d'une centaine de pays, le général tornaque, en tenue d'apparat, monta sur scène et signa sa reddition. Son vainqueur, au triomphe modeste, souleva une magnifique coupe en argent, vint amicalement à sa rencontre, le complimenta pour sa noble attitude et lui assura qu'il faisait honneur à sa fonction. Puis il prit le micro, félicita son adversaire, remercia sa maman et son aide de camp. Les deux anciens ennemis se congratulèrent longuement, prouvant par là en quelle estime ils se tenaient, puis devisèrent tranquillement, comparant leurs tactiques guerrières respectives, analysant leurs erreurs stratégiques, levant un verre au calme retrouvé.

    Deux mille km² de bois et de champs passaient donc à l'ouest de la frontière désormais caduque, et leurs cent cinquante mille habitants allaient pour la troisième fois en dix ans changer de nationalité. Les modalités techniques feraient l'objet de réunions ultérieures. Les militaires avaient terminé leur travail, aux technocrates de commencer le leur…

    C'était donc fini. Les deux peuples pouvaient désormais se consacrer pacifiquement à d'autres activités et leurs clubs de foot se rencontrer à nouveau. Sous les crépitements des flashes internationaux, les deux protagonistes se serrèrent à nouveau la main. Ils lurent une déclaration commune. L’émotion était palpable dans l’assistance. Enfin ! Ce conflit était réglé !…

    Après maints rappels et  une « standing ovation » de douze minutes montre en main, les héros descendirent majestueusement de l’estrade et se retirèrent en coulisse, derrière la tenture pourpre.

    Là, ils aidèrent les huissiers à ranger les cartes et les soldats de plomb dans des boîtes à chaussures capitonnées de coton, puis les remirent solennellement au secrétaire général de l’ONU en le remerciant de les leur avoir prêtés.

     


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  • I Grandeur et décadence

             Il avait été un homme fort brillant, d'une intelligence remarquable et à la culture générale très poussée. Brillant orateur, il haranguait les foules de ses discours tous plus enflammés les uns que les autres. Doté d’une mémoire extraordinaire, il possédait ses dossiers sur le bout des doigts et n’était jamais pris en défaut lors des débats qui y étaient consacrés. Il savait écouter attentivement ses conseillers et retenir leurs propositions lorsqu’elles lui semblaient pertinentes, ce qui ne l’empêchait pas de trancher sans tergiverser lorsque l’heure était venue de prendre une décision.

    Mais depuis quelques temps déjà, ses proches et sa famille avaient remarqué son comportement bizarre. Ses éclats de rire inopinés, les longs silences dans lesquels il s'emmurait, ses absences répétées lors des discussions informelles, ses trous de mémoire soudains mais réguliers, et ses raisonnements dont lui seul suivait la logique.

    Personne n'osait cependant aborder franchement le problème avec lui. C'était si délicat… Un homme que l'on avait tant soutenu, aimé, admiré, adulé même ! Hélas ! Qui peut se prétendre à l'abri des ravages du temps ? Que ce soient les sillons tracés dans la peau, chaque année plus nombreux et plus profonds, les cheveux qui se raréfient et se blanchissent, les marches des escaliers qui semblent plus hautes, le poids des ans et des responsabilités, chaque jour un peu plus lourd, le corps qui s’avachit,… Chacun est, un jour ou l’autre, confronté à cette dure réalité de la vie qu’aucun lifting, botox ou liposuccion ne peut définitivement occulter…

    Et chez lui, il faut bien l’avouer, c’était le cerveau qui commençait à donner des signes de lassitude. Peut-être avait-il trop tiré sur la machine ?...

     Il était cependant resté d'humeur guillerette, et semblait trouver plaisir à revivre les joies simples et innocentes de l'enfance.

    Ainsi, il passait de longues heures au téléphone, à inventer mille et un canulars. Il avait fait installer un train électrique dans son salon et tirait la locomotive et ses wagons en sifflant ou en imitant le bruit de la vapeur. Il urinait dans le lavabo, distribuait des bonbons poivrés à son entourage et se vexait si l’on déclinait son offrande. Notre papy se curait même consciencieusement et ostensiblement le nez d'un air béat durant les réunions, puis jouait aux billes avec sa récolte.

    Tout cela lui était aisément pardonné : il avait tellement œuvré pour le bien de la collectivité ! Toute une vie au service des autres !... Mais il devenait capricieux, pleurait de rage lorsqu'on lui refusait quelque chose, et avait pris l'habitude, pour un oui ou pour un non, de frapper de sa canne les gens qui l'entouraient.

     Les plus grands spécialistes de gériatrie s'étaient perdus en conjectures. La progression du mal semblait inéluctable, et il fallut bien admettre que, tout exceptionnel que fut cet homme, la sénilité le guettait. C’était une question de mois, voire de semaines.

     A l’extérieur, la vie continuait son cours, monotone, insipide. Il avait neigé en février, la RATP s'était mise en grève, un gagnant au loto était devenu millionnaire, un dictateur avait pris le pouvoir par la force, Hollywood célébrait le mariage d’une star, un journal avait révélé une affaire de fausses factures, des anciens combattants avaient été décorés, le week-end de la Pentecôte avait fait deux cent cinquante-huit morts sur les routes, etc. Bref, rien de particulier.

     Début juin, suite à une ridicule et insignifiante affaire de match de football truqué entre son pays et la Réfolsie, arbitré par un homme en noir à la solde d’un mafieux parieur sportif à ses heures, les choses dégénérèrent.

    Tandis que notre homme sombrait lentement mais sûrement dans une folie douce, les autorités de l’état dans lequel il vivait rompirent leurs relations diplomatiques avec leur voisin frontalier du sud. Puis lui lancèrent un ultimatum, exigeant des excuses publiques pour cette injustice manifeste, cette parodie de rencontre sportive.

    Devant le refus de la nation incriminée, et malgré l'intervention de l'ONU, puis de huit ultimes réunions de la dernière chance, la tension monta encore d'un cran. Des accrochages se produisirent à la frontière commune où les deux armées s'étaient regroupées, avides d'en découdre afin de venger l'affront national du pénalty imaginaire pour les uns, du hors-jeu inexistant et de l’honneur bafoué pour les autres.

     Le 23 juillet, alors que notre illuminé se promenait tout nu à deux heures du matin sur la terrasse de sa maison, il entendit les sirènes hurler. Surpris, il faillit perdre l'équilibre et ne dut son salut qu'à une antenne parabolique à laquelle il s'accrocha tant bien que mal avec ses mains de vieillard.

    Dans un éclair de lucidité, le grabataire sentit que quelque chose d’anormal se produisait. Il rentra à quatre pattes dans la chambre conjugale. Son portable vibrait sans cesse. Il apprit par sa femme, elle-même restée à l'écoute de la radio nationale, qu’un commando ennemi de cinq hommes avait effectué une reconnaissance sur le territoire, et ce au mépris de toutes les conventions internationales qui stipulent que la guerre n’est acceptable que lorsque, d’une part elle est pratiquée en respectant les règles du jeu, sinon ça ne compte pas, et d’autre part on fraternise avec l’adversaire que l’on cherche à éliminer.

    Rien que cela  prouvait un manque total de fair-play, même si le commando en question, de son côté, jurait ses grands dieux qu’il s’était égaré à cause d’un GPS défectueux, sans doute fabriqué à bas coût dans un pays du tiers-monde par des enfants d’âge maternel. Cette lâche et pathétique excuse ne faisait d’ailleurs que corroborer les soupçons de triche lors du fameux match…

    Il faudrait maintenant une riposte, proportionnelle à l'attaque certes, mais une riposte tout de même,  sous peine de passer, auprès des autres nations, pour des poltrons...

    Dans un état second, les yeux exorbités, un rictus de haine aux lèvres, prononçant des paroles inintelligibles, le fou claudiqua dans son bureau personnel, ouvrit un coffre-fort, en sortit un vieux casque rouillé qu'il posa sur sa tête, enfila un treillis poussiéreux dont il eut du mal à boucler la ceinture, et descendit dans le bunker personnel qu'il avait fait construire dans son sous-sol, non sans penser à refermer la lourde porte en fer derrière lui.

    Là, hilare, il ajusta sa tenue, mit difficilement de hautes bottes en cuir et improvisa un défilé au pas de l'oie. Un lecteur CD jouait l'hymne national, avec force tambours et cymbales. Le vieil illuminé chantait le refrain, des trémolos dans la voix. Sa canne lui tenait lieu de fusil imaginaire et, à sa mine réjouie, on devinait qu'il avait déjà envoyé plus d'un ennemi au tapis. Pour sûr, dans son esprit, il était revenu soixante ans en arrière !

    Tout à son imagination, il n’entendit pas les coups répétés frappés à la porte. On le cherchait anxieusement. Pourtant, il avait donné l’ordre la veille de ne le déranger sous aucun prétexte…

    Soudain, il s'immobilisa, touché par la grâce. Il venait d’avoir une illumination. Un large sourire fendit peu à peu son visage craquelé, dévoilant une à une les cinq dents qui lui restaient. Il éclata de rire, pensant au bon tour qu'il allait jouer. De sa bouche qui  restait constamment ouverte coulait un filet de bave.

     Alors il composa mécaniquement sur un clavier une série de douze chiffres, enfonça férocement une clé dans un bouton rouge, puis la tourna d’un quart de tour vers la gauche, déclenchant ainsi irrémédiablement le processus de la riposte nucléaire…

     

     

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